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Bien-être & prévention

Milieu hyperbare : le seuil de 100 hPa, les risques réels et ce que l’employeur doit formaliser

Élise-Andrée Montcavrel 5 min de lecture
Milieu hyperbare : caisson de recompression, casque et manomètres

Un milieu hyperbare, c’est tout environnement où le travailleur est exposé à une pression relative supérieure à 100 hectopascals, c’est-à-dire au-delà de la pression atmosphérique ambiante. Cela concerne la plongée professionnelle, mais pas uniquement : un caisson de tunnelier ou une tourelle de plongée relèvent aussi de ce régime. Ce qui suit répond aux questions que se posent employeurs, responsables HSE et travailleurs : de quoi parle-t-on, quels sont les risques, quelles obligations s’appliquent, qui peut intervenir et que faire en cas d’accident.

Définir le milieu hyperbare sans se tromper de périmètre

Pression relative, pression absolue : la nuance qui compte

La pression relative mesure l’écart entre la pression à laquelle le travailleur est soumis et la pression atmosphérique. La pression absolue additionne les deux. Le Code du travail raisonne en pression relative : dès qu’elle dépasse 100 hPa, les règles de prévention des articles R. 4461-1 à R. 4461-49 s’appliquent. Le seuil est donc bas, et il n’est pas réservé aux grandes profondeurs.

Schéma du cycle compression, séjour, décompression et suivi en milieu hyperbare, avec les risques associés à chaque phase
Schéma du cycle compression, séjour, décompression et suivi en milieu hyperbare, avec les risques associés à chaque phase

Travaux hyperbares ou interventions hyperbares ?

La réglementation distingue deux logiques. Les travaux hyperbares sont des opérations dont l’activité principale est exécutée sous pression, notamment en milieu subaquatique. Les interventions en milieu hyperbare sont des opérations où la pression est une condition d’exécution d’une autre activité. Cette distinction détermine la certification requise, la taille de l’équipe et les documents à produire.

Critère Travaux hyperbares Interventions en milieu hyperbare
Équipe minimale Au moins 3 personnes Au moins 2 personnes
Organisation 5 fonctions réparties dans l’équipe Équipe non isolée, rôles adaptés
Cadre Arrêté du 14 mai 2019 pour le milieu subaquatique Arrêté du 14 mai 2019 pour la mention B

Les risques pour la santé : de la gêne au décès

Ce que fait la pression au corps

La variation de pression provoque des barotraumatismes : poumons, oreilles, sinus, dents, tube digestif. Les gaz respirés peuvent aussi entraîner des intoxications selon leur nature et les conditions d’exposition. Les conséquences vont de la simple gêne au décès, d’où l’importance de ne jamais banaliser une douleur d’oreille ou un vertige après une exposition.

Décompression et effets à long terme

Une décompression inadéquate libère des bulles gazeuses dans l’organisme, avec un risque d’embole gazeux : c’est l’accident de décompression. L’exposition répétée, ou un accident mal traité, peut laisser des séquelles : surdité, vertiges, et ostéonécrose dysbarique. Cette dernière peut apparaître sans signe précurseur, après une longue latence, ce qui justifie un suivi médical dans la durée. Le tableau de maladie professionnelle n° 29 encadre la reconnaissance de ces atteintes.

Évaluer l’exposition avant d’agir

Niveau, type et durée

L’évaluation porte sur le niveau de pression, le type d’exposition (avec ou sans immersion) et sa durée. Une exposition courte et peu fréquente n’appelle pas les mêmes mesures qu’un séjour prolongé répété. Les résultats alimentent le document unique d’évaluation des risques.

Le contexte qui aggrave tout

Courants, houle, température, turbidité, obscurité, météorologie, stabilité du site, isolement : chacun modifie la difficulté de l’intervention. Il faut aussi regarder les interactions avec d’autres risques du chantier. Une dernière approche utile consiste à raisonner comme avec une horloge : une intervention hyperbare n’est pas un instant, c’est une séquence cadencée, compression, séjour, décompression, puis suivi post-exposition. Le risque se loge dans chaque temps, y compris après la remontée, quand le travailleur a déjà quitté le poste mais que l’organisme élimine encore les gaz dissous. Évaluer, c’est donc rattacher des mesures à chaque phase, et pas seulement au moment de l’effort.

Obligations de l’employeur et documents à tenir à jour

Les documents du dispositif

  • Notice de poste : informe le travailleur des risques propres à son poste.
  • Manuel de sécurité hyperbare : formalise équipements, méthodes, règles et procédures d’urgence, établi et mis à jour par l’employeur.
  • Fiche de sécurité : précise les conditions de l’opération prévue.
  • Livret de suivi des interventions : assure la traçabilité des expositions.

Interdiction du travail isolé et suivi médical

Le travail isolé est interdit : c’est ce qui impose une équipe, avec une surveillance dédiée et des moyens de secours. Le médecin du travail assure une surveillance médicale renforcée. L’employeur peut s’appuyer sur un conseiller à la prévention hyperbare, qui l’aide à structurer la démarche.

Qualifications, équipes, équipements et urgence

Certificat d’aptitude, mentions et classes

Intervenir suppose le certificat d’aptitude à l’hyperbarie, délivré après une formation à la sécurité encadrée par l’arrêté du 12 décembre 2016. Il porte une mention professionnelle (A, B, C ou D) selon l’activité, et une classe d’intervention (0, I, II ou III) qui fixe les limites de l’intervenant. Les textes précis de chaque mention sont à consulter dans les arrêtés officiels avant toute affectation.

Équipements et procédures

Le matériel dépend de l’activité : gaz ou mélanges gazeux respiratoires autorisés, appareils respiratoires, scaphandres grande profondeur, systèmes de plongée à saturation, tourelles, caissons de recompression ou de tunnelier. Les procédures de compression et de décompression doivent être écrites et respectées.

Accident : agir sans attendre

Un accident hyperbare se traite en urgence. Les procédures d’alerte et les moyens de recompression thérapeutique doivent être prévus avant l’opération, et non improvisés. Les opérateurs de secours et le chef d’opération connaissent la conduite à tenir. Pour approfondir, l’INRS propose un stage de formation (JA1512) et les textes figurent sur Legifrance.

Élise-Andrée Montcavrel

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