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Bien-être & prévention

Risque hyperbare : la décompression reste une phase critique

Céline Legrand 7 min de lecture
Risque hyperbare : scaphandrier en décompression

Le risque hyperbare concerne les travailleurs exposés à une pression supérieure à la pression atmosphérique, sous l’eau comme dans certaines enceintes pressurisées. Il ne se limite donc pas à la plongée : les chantiers en tunnel, les interventions portuaires, les ouvrages immergés et certains travaux industriels sont également concernés. La prévention repose sur une préparation rigoureuse, car les effets sur l’organisme dépendent de la pression, de la durée d’exposition, des gaz respirés et de la qualité de la décompression.

Comprendre ce qui caractérise un risque hyperbare

On parle d’hyperbarie lorsqu’un salarié est exposé à une pression relative supérieure à 100 hPa. À la surface de la Terre, la pression atmosphérique moyenne est d’environ 1 bar, soit 1013 hPa. Sous l’eau, elle augmente d’environ 1 bar tous les 10 mètres. Cette variation modifie directement le comportement des gaz présents dans l’air respiré et dans les tissus de l’organisme.

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La pression relative se mesure par rapport à l’atmosphère ambiante. La pression absolue intègre, elle, la pression atmosphérique. Cette distinction permet de déterminer les conditions réelles d’intervention et de choisir les procédures de compression et de décompression adaptées.

Hyperbarie humide et hyperbarie sèche : deux situations, un même enjeu

Situation Environnement de travail Exemples d’activités
Hyperbarie humide Travail avec immersion dans l’eau Travaux subaquatiques, inspection d’ouvrages, opérations portuaires, réparation de structures immergées
Hyperbarie sèche Intervention dans une enceinte où la pression est augmentée Caisson, tunnel sous pression, certains travaux de génie civil ou opérations industrielles

Dans les deux cas, l’organisme subit une phase de compression, un séjour sous pression, puis un retour à la pression atmosphérique. Le risque ne disparaît pas une fois le travail terminé. La sortie du milieu hyperbare doit être préparée comme une opération à part entière, avec une décompression adaptée et une surveillance prévue.

Quels métiers et quelles situations exposent les travailleurs ?

Les scaphandriers et les professionnels des travaux sous l’eau sont les plus visibles, mais le risque hyperbare concerne un champ plus large. Dans le BTP, les tubistes, les opérateurs intervenant dans des tunnels et les responsables de travaux sur des ouvrages immergés peuvent être exposés. Les secteurs maritime, fluvial, portuaire, nucléaire ou scientifique recourent également à des interventions en milieu pressurisé.

L’exposition doit être analysée au poste de travail, et non à partir du seul intitulé du métier. Une opération ponctuelle dans un caisson, une maintenance exceptionnelle sous l’eau ou une intervention de secours peuvent suffire à créer une situation hyperbare nécessitant une organisation spécifique.

Évaluer l’exposition avant de planifier l’intervention

L’évaluation des risques doit prendre en compte le niveau de pression, la profondeur éventuelle, la durée et la fréquence des expositions, ainsi que le type de travail à réaliser. La température de l’eau, les courants, la visibilité, l’isolement, le bruit, la manutention, le risque de noyade ou d’ensevelissement et l’état du matériel peuvent accroître la difficulté de l’intervention.

La profondeur n’est pas le seul indicateur à suivre. Le rythme de l’opération compte aussi. Des rotations trop rapprochées, une attente imprévue sous pression, une tâche physique intense ou une modification du programme peuvent réduire la récupération et les marges prévues. Le suivi précis des temps d’entrée, de séjour et de sortie évite qu’une succession d’expositions apparemment maîtrisées ne provoque une saturation mal anticipée.

Les accidents hyperbares à reconnaître sans délai

Les accidents liés au risque hyperbare se répartissent en trois grandes catégories : les barotraumatismes, les accidents de décompression et les accidents biochimiques liés aux gaz respirés. Tous nécessitent une réaction immédiate conforme aux procédures d’urgence prévues sur le chantier.

Type d’accident Mécanisme principal Manifestations possibles Prévention prioritaire
Barotraumatisme Variation de pression dans une cavité contenant de l’air Douleur aux oreilles ou aux sinus, douleur dentaire, atteinte pulmonaire Équilibrage, remontée contrôlée, aptitude médicale et respect des procédures
Accident de décompression Dégazage trop rapide avec formation de bulles Douleurs ostéo-articulaires, signes cutanés, troubles neurologiques Paliers et procédure de décompression adaptés à l’exposition
Accident biochimique Effets des gaz inhalés sous pression Intoxication, troubles liés à une composition ou une pression de gaz inadaptée Contrôle du mélange respiratoire et des équipements

Du barotraumatisme à l’accident de décompression

Un barotraumatisme survient lorsque la pression ne s’équilibre pas correctement entre l’extérieur et certaines cavités du corps, notamment les oreilles, les sinus, les dents ou les poumons. La surpression pulmonaire est particulièrement grave. Elle peut apparaître lors d’une remontée si l’air contenu dans les poumons se dilate sans pouvoir être expiré correctement.

L’accident de décompression apparaît surtout lors du retour à une pression plus faible. Sous pression, des gaz inertes se dissolvent dans les tissus. Si la décompression est trop rapide ou inadaptée, ils peuvent former des bulles. Les accidents de type 1 regroupent notamment des atteintes cutanées et ostéo-artro-musculaires. Les accidents de type 2 peuvent comporter des atteintes neurologiques, potentiellement plus graves. Des expositions répétées peuvent aussi être associées à des effets chroniques comme la surdité, les vertiges ou l’ostéonécrose dysbarique.

Prévenir l’accident : organiser le travail avant, pendant et après

La prévention commence par l’élimination ou la réduction de l’exposition lorsque l’organisation du chantier le permet. Lorsqu’une intervention hyperbare est nécessaire, elle doit être planifiée avec des procédures écrites de compression, de séjour, de décompression, d’alerte et de secours. Le matériel respiratoire, les communications, les moyens de levage et les équipements de protection doivent correspondre au scénario prévu.

Une checklist opérationnelle avant l’entrée en pression

  • Définir le niveau, le type et la durée d’exposition prévus.
  • Vérifier l’aptitude des intervenants, leur formation et leur certificat d’aptitude à l’hyperbarie.
  • Contrôler les appareils respiratoires, les gaz ou mélanges gazeux et les moyens de communication.
  • Prévoir les paramètres de compression et de décompression applicables à l’intervention.
  • Identifier les risques associés : courant, froid, circulation d’engins, espace confiné, isolement ou urgence médicale.
  • Organiser l’alerte, les premiers secours, les moyens de recompression ou l’accès à une structure compétente.
  • Tracer l’intervention et tout événement inhabituel dans le livret de suivi.

En cas de symptôme évocateur après une exposition, le travailleur ne doit pas reprendre son activité ni rester seul. L’alerte doit suivre la procédure établie, avec une prise en charge médicale urgente. Une recompression peut être nécessaire selon la situation. Elle relève d’une décision médicale et de moyens spécialisés, jamais d’une initiative improvisée sur site.

Formation, suivi médical et obligations de l’employeur

L’employeur doit évaluer le risque hyperbare, adapter les moyens de prévention et organiser les interventions pour protéger les travailleurs. Cette organisation comprend notamment la désignation d’un conseiller à la prévention hyperbare, l’élaboration d’une notice de poste et la rédaction d’un manuel de sécurité hyperbare. Ces documents précisent les équipements, les procédures de travail, les mesures d’urgence et l’organisation des secours.

Les travailleurs concernés doivent disposer d’une formation à la sécurité adaptée et d’un certificat d’aptitude à l’hyperbarie correspondant à leur activité. Le dispositif distingue quatre mentions professionnelles, A, B, C et D, ainsi que quatre classes d’intervention : 0, I, II et III. Leur choix dépend des conditions et de la nature des interventions. Il ne peut pas être déduit d’une simple expérience en plongée de loisir.

Le suivi individuel renforcé participe également à la prévention. Il permet d’apprécier l’aptitude au poste et de repérer les situations susceptibles d’augmenter le risque. Le cadre réglementaire applicable s’appuie notamment sur le décret n° 2011-45 du 11 janvier 2011, complété par des arrêtés relatifs à la formation, aux interventions hyperbares et à la certification. Pour chaque chantier, les exigences doivent être vérifiées en fonction de l’activité réellement exercée et des textes en vigueur.

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